La force de la négation, ou comment savoir dire non au bon moment

savoir dire non

Pourquoi dire non ?

Dans cette société de consommation à laquelle nous appartenons, il est devenu geste banal de prendre puis de jeter presque aussitôt. L’abondance est permanente. A l’Homme, il faut désormais toujours tout, et cela toujours plus, toujours plus vite. Cette opulence prônée en toutes circonstances, quelque soit le secteur d’activité, vaut – il en va sans dire – tout autant pour ce qui est de la communication. Et c’est via sa diversité de supports et de médias que nous sommes alpagués sans cesse par ce qui est devenu une véritable pollution visuelle.

Les marques et les entreprises cherchent à communiquer encore et toujours plus, afin de sortir du lot concurrentiel et de mieux appâter le client. De quoi se plaint-on lorsque l’on est graphiste me direz-vous. Certes, ce besoin constant de communiquer permet l’afflux de nouvelles commandes. Or celles-ci doivent être effectuées dans des délais de plus en plus courts, l’importance qui y est accordée est amoindrie puisque la demande sera renouvelée ultérieurement pour une prochaine campagne, l’objectif initial est parfois à peine défini. On se demande alors si la quantité des produits communicatifs ne vient pas supplanter la qualité de ces derniers…

Les bonnes raisons d’un refus

Telle la peur de la page blanche qui guette un artiste, la peur de rater plane fermement au dessus de bon nombre d’entrepreneurs et de freelances. Peur de rater l’occasion, peur de rater un nouveau client, peur de rater sa carrière d’indépendant par manque de projets. Et pourtant, émettre un refus, ce n’est pas renoncer ou échouer : c’est effectuer un choix réfléchi. Cette réflexion faite en amont permet de :

– sélectionner et de se concentrer sur des projets qui nous tiennent à coeur

– définir ses priorités et ses objectifs

donner du sens à son travail

– déterminer ce qui est important et prioritaire

– maitriser son temps et son planning

– créer un meilleur relationnel client avec ceux dont les projets sont validés

Savoir refuser, c’est savoir poser ses propres limites. C’est aussi savoir faire preuve d’analyse et de sagesse. On démontre qu’on possède une expertise. De plus, on renvoi l’image d’un entrepreneur aguerri qui sait ce qu’il veut, qui choisi en connaissance de cause et non plus celle d’un débutant se dispersant en saisissant toute opportunité.

Le gain de productivité

La créativité prend du temps, de l’énergie. L’esprit doit être relativement libre afin de pouvoir diverger en se laissant aller. D’autant si pour un même projet, on recherche la satisfaction client mais également une satisfaction personnelle dans le processus créatif ainsi que dans le rendu final. « On le voit bien autour de nous, tous les gens qui travaillent dans des métiers de bureau ont un besoin très fort d’optimiser leur temps pour travailler moins et faire des choses qui comptent vraiment » détaille Guillaume Declair, coauteur du livre La 25e Heure.

« Pour un seul oui, il faudra dire non plusieurs fois, sinon tu ne t’en sors pas. La clé pour arriver à dire non, c’est d’abord d’être très clair sur tes objectifs personnels, en faisant l’effort de savoir où tu veux en être dans trois mois. Ensuite, il faut garder à l’esprit qu’un non bien expliqué vaut mieux qu’un oui tiède, avec le risque d’être décevant ensuite car tu ne seras pas motivé. »

" Un non bien expliqué vaut mieux qu’un oui tiède. "
guillaume declair
Guillaume Declair
Auteur de La 25e heure

Quand savoir dire non ?

Trois types de refus se distinguent : le refus lié à la charge de travail, le refus lié aux compétences, le refus instinctif. Le premier relève du bon sens. En effet, lorsque l’on travaille à son compte, il arrive que le taux horaire qu’on s’est initialement fixé dépasse largement l’entendement. Cependant, l’apât du gain ou de nouveaux contrats peut tout de même pousser à accepter des projets alors que l’on croule déjà sous les missions en cours. Accumulation de stress, de fatigue et timing serré ne font pas bon ménage, et le risque de bâcler ses rendus entrerait donc en jeu. Savoir proposer un délai plus long voire même refuser de nouveaux projets s’avère être plus raisonnable dans ce cas de figure.

Ensuite, un refus lié aux compétences est parfois à prévoir, lorsque le client venant faire sa demande ne comprend pas précisément le métier qu’on exerce par exemple. Ainsi, un graphiste print peut se voir recevoir une demande de création de site web, compétence dont il ne dispose pas forcément. Accepter un contrat en pensant « apprendre sur le tas » afin de répondre à la demande peut là aussi s’avérer fastidieux et donner un piètre résultat ne satisfaisant ni le client ni soi-même. Enoncer un refus et/ou proposer un autre prestataire éventuellement issu de votre cercle proche sont des solutions plus appropriées.

Enfin, le refus instinctif est celui le plus difficile à mettre en pratique. Il implique, d’une certaine manière, de savoir sélectionner ses clients et les projets sur lesquels on désire réellement travailler.

Jauger sans juger

Difficile de dire non quand on se lance et qu’on cherche des prospects. Tout entrepreneur rêve du client idéal, celui dont il imagine et espère le profil parfait à chaque nouvelle demande qu’il reçoit. Or bien souvent, ce sont des demandes de clients désirant des missions irréalistes, ou bien peu rentables. Généralement, ces devis filent rapidement se classer dans l’onglet « Sans suite » du classeur client. Mais lorsque l’un d’entre eux est accepté par le client, on peut ensuite s’en mordre les doigts. C’est certes en faisant des erreurs que l’on apprend, en effet on ne naît pas entrepreneur, on le devient. Avec l’expérience, on acquiert généralkement un certain feeling au moment de la réception d’une demande : projet peu clair, tarif trop bas, délais insencés, etc. Autant de demande de devis qu’il vaut mieux décliner plutôt que d’y perdre un temps précieux.

Comment dire non ?

Tout simplement en s’expliquant. Eclaircir les raisons de ce refus, proposer des alternatives. Cette attitude crédibilise auprès du client et instaure une relation de confiance. Comme le propose Guillaume Declair, «Expliquer notre refus, par un choix motivé par le prix demandé, par les délais à tenir, par exemple». Car en outre, plus notre carrière avance et plus on sera sollicité, plus il faudra savoir dire non. Cette stratégie du non s’opère en 3 temps :

– analyse de la demande : est-elle réaliste ? Y a-t-il un tarif imposé ? Quels sont les délais ? Les compétences requises ? Est-ce que le sujet bafoue mes valeurs ?

– argumenter son refus : expliquer pourquoi de manière simple et concrète.

– proposer des alternatives : ai-je la possibilité de négocier le tarif ? Est-ce que je connais un professionnel dont les compétences sont celles requises ? Est-il possible d’étayer le délai sur une période plus longue ?

Et lorsque les conditions ne sont pas réunies, on dit simplement non. Gain de temps assuré. Un non réfléchi donne accès à un oui ferme et franc, correspondant aux compétences, prix, et valeurs qu’on s’est fixé.